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EPTC 2 - Chapitre 10

La recherche qualitative

Introduction
A. Nature de la recherche qualitative
B. Évaluation éthique des recherches qualitatives

Introduction

Les chercheurs en sciences humaines — notamment en anthropologie, en sociologie, en philosophie, en psychologie, en criminologie, en administration des affaires, en science politique, en communication, en éducation, en histoire — partagent la conviction qu’il est souhaitable de tenter de comprendre l’action humaine par l’étude et l’analyse systématiques. Certains chercheurs emploient des méthodes de recherche quantitative, tandis que d’autres optent pour les méthodes de recherche qualitative, et d’autres encore, pour une combinaison de ces deux méthodes.

La recherche qualitative a de longs antécédents dans plusieurs disciplines établies des sciences humaines ainsi que dans de nombreux domaines des sciences de la santé (par exemple, les sciences infirmières et l’ergothérapie). L’utilisation des méthodes de recherche qualitative progresse rapidement tant dans la recherche en santé que dans d’autres disciplines des sciences humaines. Dans certaines disciplines, on a établi des lignes directrices en matière d’éthique afin de répondre aux enjeux soulevés, notamment à l’égard des méthodes, des technologies ou des cadres de recherche particuliers. Les méthodes associées à la recherche qualitative ont un caractère dynamique et peuvent s’appuyer sur des prémisses différentes de celles des méthodes de recherche quantitative. Bon nombre des pratiques et des exigences méthodologiques qui sont propres à la recherche qualitative sont semblables à celles qui s’appliquent à la recherche quantitative — par exemple, les préoccupations quant à la qualité des travaux de recherche. Cependant, comme pour toute recherche avec des êtres humains, les critères sont adaptés à l’objet et au contexte précis du projet de recherche, ainsi qu’aux prémisses épistémologiques quant à la nature de la connaissance dans le champ de recherche spécifique lié au projet.

Le présent chapitre cherche à proposer des indications précises sur certaines questions qui visent en particulier la recherche qualitative, mais qui peuvent aussi s’appliquer à la recherche quantitative ou à la recherche combinant plusieurs méthodes. Il traite plus précisément des questions relatives au consentement, à la vie privée et à la confidentialité présentant des particularités qui sont propres à la recherche qualitative. Certaines questions de procédure liées à la dynamique et aux caractéristiques de la recherche qualitative, ayant trait au calendrier et à l’ampleur du processus d’évaluation éthique de la recherche, sont abordées plus en détail ci-dessous. Il faut noter que sous réserve des lois applicables, les articles de la présente politique concernant le consentement, la vie privée, et la confidentialité s’appliquent également dans le contexte de la recherche qualitative.

Les chercheurs et les comités d’éthique de la recherche (CÉR) consulteront aussi les autres chapitres pertinents de la Politique pour obtenir une orientation plus précise sur les principes, les normes et les pratiques applicables à la recherche qualitative.

A. Nature de la recherche qualitative

La recherche qualitative vise à comprendre les visions du monde des personnes et la façon dont elles se comportent et agissent. Cette perspective oblige les chercheurs à comprendre les phénomènes à partir de discours, d’actions et de documents; elle les amène à s’interroger sur la façon dont les individus interprètent et donnent sens à leurs paroles et à leurs actes, ainsi qu’à d’autres aspects du monde avec lesquels ils sont en relation (y compris les autres personnes).

Certaines études qualitatives vont au-delà des expériences personnelles des individus pour explorer les interactions et les processus au sein des organisations ou dans d’autres contextes. La connaissance, tant sur le plan individuel que sur le plan culturel, est envisagée comme une construction sociale. Cela suppose que toute connaissance est, dans une certaine mesure, de nature interprétative et, partant, tributaire du contexte social. Elle est aussi façonnée par le point de vue personnel du chercheur en tant qu’observateur et analyste. Les chercheurs qui adoptent une méthode qualitative s’efforcent donc de prouver la fiabilité de leurs conclusions en employant de multiples stratégies méthodologiques.

La section qui suit présente une description sommaire de la démarche générale de la recherche qualitative, ainsi que des exigences méthodologiques et des pratiques qui y sont rattachées, mais qui, dans certains cas, s’appliquent aussi à la recherche quantitative ou à d’autres activités de recherche avec des êtres humains.

Démarche générale, exigences méthodologiques et pratiques

  1. Compréhension inductive. De nombreuses formes de recherche qualitative supposent l’acquisition d’une compréhension inductive de l’univers des participants, en vue d’atteindre à une compréhension analytique de la façon dont ces personnes perçoivent leurs actions et le monde qui les entoure. Dans certains projets, cette approche s’applique aussi à l’étude de processus, d’expériences et de contextes sociaux particuliers.

    Si les méthodes impliquent une interaction directe avec les participants, la démarche vise principalement à connaître les perceptions qu’ont les participants d’eux-mêmes et des autres, ainsi que la signification qu’ils attachent à leurs pensées et à leurs comportements.
  2. Diversité des approches. Il n’y a pas de méthode unique en recherche qualitative. Chaque domaine ou discipline, et même chaque chercheur d’une même discipline, a des perspectives et des démarches différentes quant à l’application des méthodes qualitatives. La recherche qualitative fait appel à tout un éventail d’approches théoriques, de questions qui orientent la recherche, de méthodologies, de techniques et de démarches épistémologiques qui permettent aux chercheurs de pénétrer l’univers des participants ou de s’impliquer dans un contexte social particulier. Ces approches méthodologiques comprennent, sans toutefois s’y limiter, l’ethnographie, la recherche-action participative, l’histoire orale, la phénoménologie, l’analyse narrative, la théorisation ancrée et l’analyse du discours. L’expression « recherche qualitative » englobe une gamme étendue de paradigmes et de perspectives qui se recoupent.
  3. Processus de recherche dynamique, réfléchi et continu. L’émergence en cours de recherche de questions, de concepts, de stratégies, de théories et de façons de recueillir et de traiter les données (par exemple, dans le cadre des modèles de recherche émergente; voir l’article 10.5) oblige de la part du chercheur une approche réflexive et une remise en question constantes. La flexibilité, la réflexivité et l’adaptation exigées contribuent à la rigueur et à la qualité des données collectées et à leur analyse.
  4. Diversité et multiplicité des contextes, souvent en évolution. La recherche qualitative se déroule dans divers contextes, chacun soulevant des questions d’éthique particulières. Dans la recherche qualitative, la connaissance est considérée comme étant dépendante de son contexte; en conséquence, les études ont tendance à cibler des personnes ou des endroits particuliers ou encore des concepts dérivés empiriquement d’autres contextes sociaux. La priorité du chercheur consiste alors à répondre, dans le cadre du projet de recherche, à une question soulevée par l’étude de ces personnes dans un contexte social particulier et à unmoment précis.

    Les chercheurs entreprennent parfois des recherches qui remettent en question des structures sociales et des activités qui engendrent une inégalité ou une injustice, ou qui y contribuent. Ces recherches peuvent porter sur des participants qui se trouvent dans des situations hautement vulnérables en raison de la stigmatisation sociale ou légale associée à leurs activités ou à leur identité; ces personnes peuvent avoir une certaine méfiance à l’égard de la loi, des organismes sociaux ou des autorités universitaires. Indépendamment de la méthode qu’ils adoptent, les chercheurs qui œuvrent dans ce type de contextes risquent de subir des pressions d’instances ou de personnes influentes. Il est bien possible aussi que les recherches mettent à contribution des participants tels que des dirigeants d’entreprise ou des responsables gouvernementaux qui ont parfois plus de pouvoir que les chercheurs eux-mêmes.
  5. Collecte de données et taille de l’échantillon. En règle générale, dans ces recherches, l’accent est mis davantage sur la profondeur que sur l’étendue. La plupart des chercheurs qui emploient des méthodes qualitatives privilégient la collecte de données diversifiées se recoupant sur un nombre limité de cas ou de situations jusqu’à atteindre un point de saturation ou de redondance thématique. Dans ces études, c’est l’utilité particulière ou la richesse des sources d’information en vue d’approfondir la compréhension que l’on a du phénomène étudié, et non la possibilité d’en tirer des résultats statistiquement significatifs, qui oriente les stratégies d’échantillonnages et le choix des sites de recherche. Les chercheurs choisissent les participants en fonction de leur contribution potentielle au développement de la théorie et, souvent, ils les choisissent en fonction de patterns émergents au cours de la collecte des données.

    Dans le but d’améliorer la qualité des données, un chercheur peut faire appel à des sources d’information et à des stratégies de collecte de données multiples. Les chercheurs recourent à toute une gamme de méthodes pour recueillir des données : entrevues, observation des participants, groupes de discussion et autres techniques. Dans certains cas, la proximité de longue durée avec les participants constituent les meilleurs moyens de recueillir des données fiables. Dans d’autres cas, les chercheurs et les participants continuent à l’occasion à communiquer par voie électronique ou autre, pour les besoins du projet de recherche, après la collecte des données sur le terrain. Les études qualitatives de matériaux textuels et iconographiques — livres, sites Web, transcriptions d’entrevue, photographies, vidéos, etc. — font appel à tout un éventail de méthodes d’analyse de contenu.

    Le traitement approprié des données recueillies varie sensiblement (voir l’article 10.5 et également l’article 5.3). Lors de la discussion initiale liée au consentement, les chercheurs informent les participants éventuels à la recherche de la confidentialité des données et discutent avec eux de leurs attentes (voir les articles 3.2 et 5.2).
  6. Buts et objectifs de la recherche. Les objectifs de la recherche qualitative varient largement au sein des diverses disciplines et entre celles-ci. Parmi les buts recherchés lorsqu’il s’agit de projets de recherche qualitative, mentionnons le besoin de « donner une voix » à une population particulière, la nécessité d’entreprendre une étude critique de certains systèmes, de certaines situations ou du pouvoir des personnes étudiées, le désir d’influer sur le changement dans un contexte social donné, ou le besoin d’analyser des phénomènes jusque-là peu étudiés afin d’élaborer de nouvelles approches théoriques.
  7. Processus de consentement dynamique, négocié et continu. Afin de pouvoir s’introduire dans un milieu particulier pour les besoins de la recherche, il est parfois nécessaire de négocier avec la population cible. Il arrive que le chercheur soit incapable de mener ce processus à terme avant la recherche, en partie parce que les contextes dans lesquels doit se dérouler la recherche évoluent avec le temps.

    Dans certains cas, les participants ont un pouvoir égal ou même supérieur à celui du chercheur. C’est ce qui se produit, par exemple lorsque, dans le contexte d’un projet de recherche en milieu communautaire ou au sein d’une organisation, il faut faire appel à un processus de collaboration pour définir et élaborer le projet et déterminer précisément l’objet des travaux de recherche, ou encore s’il s’agit d’une étude dont les participants seraient des personnalités publiques ou occupant d’autres postes d’influence (par exemple, un projet de recherche portant sur les élites économiques, sociales, politiques ou culturelles). Dans d’autres cas, il se peut que les chercheurs aient un pouvoir supérieur à celui des populations participantes éventuelles lorsque l’accès à ces populations est rendu possible par l’intermédiaire des responsables en charge de ces populations (par exemple, lorsque le chercheur doit s’adresser aux services de police pour effectuer une recherche auprès d’une population problématique, ou aux autorités carcérales pour mener une étude auprès de détenus).
  8. Partenariats de recherche. L’accès à certains milieux et à certaines populations se développe quelquefois progressivement, et il se peut bien que les relations s’établissent hors du cadre du projet de recherche; par conséquent, il n’est pas toujours facile de déterminer avec précision où commence et où prend fin la relation « de recherche » proprement dite. Dans bien des cas, malgré une préparation minutieuse, il est possible que le chercheur ignore l’orientation précise à donner à sa recherche tant qu’il n’aura pas commencé la collecte des données. En effet, à cause du caractère émergent de nombreuses études qualitatives, il devient essentiel d’établir de bons rapports et un lien de confiance personnel avec les participants afin d’examiner des questions que les deux parties jugent importantes ou intéressantes, et de rassembler des données fiables. Le projet de recherche se transforme alors souvent en un processus de collaboration négocié entre les participants et le chercheur, ce qui oblige à consacrer initialement un temps considérable uniquement à déterminer précisément l’objet de la recherche.

    Dans certains cas, les contacts entre les chercheurs et les participants dureront toute une vie, et ces personnes développeront des liens sur divers plans qui transcenderont la relation établie dans le cadre du projet de recherche.
  9. Résultats de la recherche. En recherche qualitative, la possibilité de généraliser les résultats et de les appliquer à d’autres contextes, ou encore la représentativité de l’échantillon ne sont pas nécessairement des questions pertinentes. Souvent, on estime que le transfert des résultats d’un contexte à un autre renvoie à une question théorique plutôt qu’à une question de procédure ou d’échantillonnage.

B. Évaluation éthique des recherches qualitatives

La section qui suit donne des indications sur les enjeux liés particulièrement à l’évaluation éthique par le CÉR de projets de recherche utilisant des méthodes qualitatives. Par ailleurs, de façon générale, la recherche qualitative est aussi soumise aux grands principes directeurs qui s’appliquent à la recherche avec des êtres humains. Le besoin d’obtenir le consentement des participants et celui de protéger leur vie privée et la confidentialité sont souvent les mêmes quelle que soit la nature de la recherche.

La recherche qualitative peut soulever des questions d’éthique particulières lorsqu’il s’agit d’obtenir l’accès aux participants, d’établir des relations avec eux, d’utiliser les données et de publier les résultats. Les chercheurs et les CÉR doivent examiner les questions liées au consentement, à la vie privée, à la confidentialité des données et aux relations entre les chercheurs et les participants durant l’élaboration, l’évaluation et le déroulement du projet de recherche. Certaines de ces questions seront soulevées au moment de l’élaboration du projet de recherche. D’autres surgiront en cours de recherche, ce qui obligera les chercheurs à faire preuve de discernement, de souplesse et de jugement, et ceci en prenant en compte à la fois le degré de risque et les avantages potentiels que pourrait comporter le projet de recherche, et le bien-être individuel ou collectif des participants.

Calendrier de l’évaluation par le CÉR

Article 10.1 Avant de commencer le recrutement des participants ou d’accéder aux données, les chercheurs doivent soumettre les propositions de recherche, y compris les propositions pour un projet de recherche pilote, au CÉR pour en faire évaluer et approuver l’acceptabilité éthique. Sous réserve des exceptions mentionnées à l’article 10.5, l’évaluation par le CÉR n’est pas obligatoire au cours de la première étape d’exploration (pendant laquelle les chercheurs prennent souvent contact avec les personnes ou les communautés visées) s’il s’agit d’étudier la faisabilité du projet, d’établir des partenariats de recherche ou d’élaborer des travaux de recherche proposés (voir l’article 6.11).

Application  Il est parfois difficile de déterminer le moment du début et celui de la fin d’un projet de recherche qualitative. L’accès à des populations et à des contextes particuliers s’acquiert souvent avec le temps, et il n’est pas inhabituel que les chercheurs doivent s’en tenir à un rôle d’observateur passif, ou s’intéresser passivement à un milieu donné pendant un certain temps, avant d’entreprendre toute démarche pour établir une relation « de recherche ». Prendre des notes, tenir un journal et réaliser des observations ne sont que quelques-unes des activités préliminaires qui peuvent se dérouler bien avant que le chercheur n’officialise un projet de recherche. Les activités préliminaires de ce type ne sont pas assujetties à l’évaluation par un CÉR (voir l’article 6.11). En revanche, si, par la suite, le chercheur souhaite utiliser dans le projet de recherche les données recueillies pendant cette phase préliminaire, il doit l’indiquer dans sa proposition de recherche et y préciser la stratégie qu’il prévoit mettre en œuvre pour obtenir des personnes interrogées pendant cette phase préliminaire qu’elles consentent à ce qu’il utilise leurs commentaires.

Les chercheurs doivent avoir la possibilité d’effectuer des visites préliminaires et d’engager un dialogue en vue d’explorer les relations de recherche qu’il est possible d’établir et en vue de définir les modes de collaboration dans des communautés ou des milieux particuliers. Dans cette optique, ils pourront, entre autres, mener les activités suivantes : déterminer l’objet précis et les méthodes de recherche, la nature et la taille de l’échantillon, et élaborer le projet de recherche et la collecte de données de façon à répondre aux préoccupations de la communauté. Les CÉR doivent savoir qu’un dialogue préalable entre les chercheurs et les communautés, avant que n’ait lieu l’évaluation par le CÉR, fait partie intégrante de l’élaboration des projets de recherche. Il se peut également que les chercheurs aient à consulter le CÉR de manière officieuse si des questions d’éthique se posent avant la collecte des données; il peut arriver aussi qu’ils aient à saisir le CÉR de questions de ce genre en cours de recherche.

La recherche qualitative mettant à contribution une communauté, un groupe ou une population (par exemple, des groupes marginalisés ou privilégiés), comporte généralement une étape préliminaire de dialogue, d’échanges et de négociation à propos du projet de recherche, avant le début officiel de la collecte de données concernant des participants. Dans les recherches communautaires menées en collaboration, il peut être souhaitable de s’assurer la participation de la communauté avant de présenter le dossier pour évaluation au CÉR. Ainsi, lorsqu’il s’agit d’un projet de recherche réalisé au sein d’une communauté autochtone ou concernant des peuples autochtones, il peut être souhaitable d’obtenir la permission des dirigeants, des Aînés ou des représentants de la communauté (voir le chapitre 9). Ou encore, s’il s’agit d’un projet de recherche communautaire concernant des personnes dont le statut légal est précaire, il se pourrait que le chercheur souhaite consulter les prestataires de services sociaux qui s’occupent de cette population.

Modalités d’expression du consentement

Article 10.2 Les chercheurs doivent décrire dans leur devis de recherche les méthodes et stratégies qu’ils prévoient utiliser pour solliciter le consentement et le documenter.

Application Dans le cadre de leur évaluation éthique de la recherche, les CÉR envisageront l’éventail de stratégies permettant d’attester l’obtention du consentement que pourraient bien utiliser les chercheurs qui font appel à des méthodes qualitatives (voir l’article 3.12). Dans diverses circonstances, le consentement écrit et signé ne convient pas au projet de recherche qualitative. Le cas échéant, si le chercheur a des raisons valables de ne pas demander leur consentement aux participants à l’aide d’un formulaire écrit qu’ils doivent signer, il doit néanmoins consigner au dossier la méthode adoptée pour obtenir ce consentement et le confirmer.

Le processus de consentement reposera sur une compréhension commune des objectifs du projet de recherche entre le chercheur et les participants à la recherche. Il n’est pas impossible que les participants interprètent les tentatives visant à légaliser ou à formaliser le processus de consentement comme une atteinte à la relation de confiance établie. Les chercheurs qui adoptent une méthode qualitative peuvent avoir recours à toute une gamme de méthodes pour obtenir et documenter le consentement, entre autres le consentement oral consigné dans les notes de terrain et d’autres moyens d’enregistrement (enregistrement audio ou vidéo, tenue d’un registre de consentement ou emploi de quelque autre dispositif électronique). La preuve du consentement peut aussi être obtenue par un questionnaire rempli (en personne, par la poste, par courriel ou par quelque autre moyen électronique).

Il se peut que les CÉR aient besoin d’examiner le rapport de pouvoir qui pourrait exister entre les chercheurs et les participants, et de se demander si le fait de renoncer au consentement écrit et signé des participants risque d’affecter leur bien-être. Dans les cas où les participants occupent des postes d’influence ou participent régulièrement à des interactions semblables à celles qui caractérisent le projet de recherche, en raison de leurs fonctions ou de leur profession (par exemple, le responsable des communications ou le porte-parole d’un organisme), on peut déduire qu’ils ont donné leur consentement du simple fait qu’ils ont accepté de collaborer avec le chercheur pour les besoins du projet. Par exemple, certaines études en sciences politiques portent sur les structures de pouvoir et les personnes occupant des postes d’autorité (comme ceux d’associé principal dans un cabinet d’avocats, de ministre au sein d’un gouvernement ou de dirigeant d’entreprise). Dans ce type de recherche, le fait qu’une personne ait accepté d’être interviewée sur la base des renseignements fournis par le chercheur peut suffire à indiquer son consentement à participer au projet de recherche. Le chercheur consignera ce fait de façon appropriée. Les chercheurs doivent prouver au CÉR que le participant sera informé des tenants et aboutissants du projet de recherche, y compris du fait qu’il a le droit de refuser de participer à l’étude ou de se retirer en tout temps. Aucun élément du présent article ne doit laisser penser qu’il n’est pas obligatoire d’informer les participants éventuels à un projet de ce que la recherche implique, avant leur participation à celle-ci.

Les chercheurs et les CÉR consulteront le chapitre 3, notamment les articles 3.1 à 3.3 et l’article 3.12, pour plus de précisions concernant le consentement et la façon de le consigner.

Études par observation

Dans la recherche qualitative, l’observation sert à étudier les comportements dans un cadre naturel. Elle s’effectue donc souvent dans une communauté ou un milieu vivant, naturel et complexe, dans un environnement physique ou dans un cadre virtuel. Les études axées sur l’observation peuvent se dérouler dans un lieu public (par exemple, un stade, une bibliothèque, un musée, un planétarium, une plage ou un parc), dans un cadre virtuel (par exemple, les forums privés dans Internet) ou dans un espace privé ou protégé (par exemple, les clubs et les organisations privés).

La recherche axée sur l’observation se divise en deux catégories : la recherche « non participative » (c’est-à-dire celle où le chercheur observe, mais ne participe pas à l’action), connue également sous le nom d’« observation naturaliste », et la recherche « participative » (c’est-à-dire celle où le chercheur est à la fois observateur et participant à l’action).

L’observation participative est souvent assimilée à de la recherche ethnographique, dans laquelle le rôle du chercheur consiste à acquérir une vision d’ensemble du milieu étudié, en s’y impliquant et en l’observant pour décrire ses environnements sociaux, ses processus et ses relations. L’observation participative nécessite parfois la permission d’observer des activités dans le milieu à l’étude et d’y participer. Dans certains cas, les chercheurs révéleront leur identité et demanderont le consentement des personnes du milieu. Dans d’autres, ils adopteront une méthode de recherche participative ou non participative à l’insu des participants et ne demanderont pas leur consentement à ces derniers.

Un fait accessible au public peut néanmoins être considéré comme privé dans la culture des participants éventuels. Il se peut que certains groupes s’attendent à un degré raisonnable de protection à l’égard de la vie privée ou de certaines activités. Par exemple, les personnes qui prennent part à des pratiques ou à des cérémonies religieuses, ou encore qui participent à des séances de clavardage sur Internet, supposent sans doute que les participants et les observateurs accorderont un certain degré de confidentialité aux activités qui s’y déroulent. L’observation de cérémonies sacrées sans l’approbation des personnes ou groupes concernés (par exemple les Aînés ou les détenteurs des connaissances traditionnelles s’il s’agit d’un projet de recherche avec des Autochtones) et sans les informer de l’utilisation ultérieure ou de l’interprétation des données, pourrait avoir des conséquences négatives non intentionnelles (voir les articles 9.5, 9.6 et 9.8). Les chercheurs seront sans doute en mesure d’améliorer l’élaboration et le déroulement de ces recherches s’ils réfléchissent d’abord à la nature des travaux de recherche, à leurs objectifs et à la possibilité que ces travaux soient une intrusion dans des domaines délicats.

Les études axées sur l’observation dans des lieux publics où l’on ne s’attend pas à une quelconque protection de la vie privée ne sont pas assujetties à une évaluation par un CÉR (voir l’article 2.3).

Article 10.3 Si le projet de recherche comporte des activités d’observation de milieux naturels ou de cadres virtuels où les personnes ont une attente raisonnable ou limitée en matière de vie privée, le chercheur doit expliquer le besoin d’une exception à l’exigence générale de consentement. Le CÉR pourra décider de lever l’exigence d’obtention du consentement des personnes observées en tenant compte de la justification fournie par le chercheur et des mesures appropriés de protection de la vie privée.

Application Les études axées sur l’observation soulèvent des préoccupations au sujet d’une atteinte à la vie privée des personnes observées. Dans la recherche axée sur l’observation, c’est au moment de publier et de diffuser les résultats de la recherche que des violations de la vie privée peuvent se produire si ces résultats identifient des personnes, des groupes ou des communautés.

La recherche axée sur l’observation qui ne permet pas d’identifier les participants lors de la diffusion des résultats, qui n’est pas orchestrée à l’avance par le chercheur, et qui a un caractère non intrusif sera normalement considérée comme comportant un risque minimal.

Les CÉR et les chercheurs doivent prendre en considération les exigences méthodologiques du projet de recherche proposé et les conséquences éthiques des approches fondées sur l’observation, par exemple la violation possible de la vie privée. Ils s’intéresseront plus particulièrement aux répercussions éthiques de certains facteurs dont les suivants : la nature des activités à observer; le cadre dans lequel ces activités doivent être observées; le fait que ces activités sont ou ne sont pas mises en scène pour les besoins de la recherche; les attentes qu’auront peut-être les participants éventuels en ce qui a trait à la protection de leur vie privée; les moyens employés pour consigner les observations; l’identification éventuelle des participants dans les dossiers de recherche et les publications; les moyens par lesquels les participants pourraient donner la permission de dévoiler leur identité. Les CÉR doivent veiller à ce que la proposition comprenne des mesures de protection de la vie privée des personnes, conformément à la loi.

Les chercheurs et les CÉR consulteront les chapitres 3 et 5 pour en savoir plus sur le consentement, la vie privée et la confidentialité.

Si, dans le cadre de leur projet de recherche axé sur l’observation, les chercheurs ne demandent pas le consentement des participants, ils doivent prouver au CÉR qu’ils ont pris les précautions et les mesures nécessaires pour remédier aux problèmes de confidentialité et de respect de la vie privée.

Comme le fait de savoir que l’on est observé influence souvent le comportement, la recherche axée sur l’observation non participative ou sur l’observation à l’insu des participants exige généralement que les sujets ignorent qu’ils sont observés pour les besoins de la recherche. Habituellement, le chercheur n’a pas d’interaction directe avec les personnes observées et, de ce fait, ces derniers ne peuvent donner leur consentement. L’observation des comportements dans les files d’attente d’un centre commercial, à l’insu des participants,est un exemple d’étude que l’on ne réussirait pas à mener à terme si les acheteurs savaient qu’ils sont observés. Certaines formes de recherche qualitative visent à observer et à étudier, par l’observation à l’insu des participants, des comportements criminels, des groupes violents ou des groupes dont l’accès est réservé aux membres. À titre d’exemple, il serait impossible de mener certaines recherches en sciences sociales qui visent à faire un examen critique des rouages internes d’organisations criminelles si les participants savaient à l’avance qu’ils sont observés. D’autres études par observation peuvent être anonymes, mais exiger l’intervention du chercheur (par exemple, une étude visant à savoir dans quelle mesure les passants proposent leur aide en cas d’urgence exige généralement de simuler une urgence). Si le chercheur utilise ces méthodes, il arrivera qu’il ait à demander à déroger à l’obligation d’obtenir le consentement préalable.

Si le chercheur ne recueille aucun renseignement personnel, le consentement n’est pas nécessaire. Dans le cas contraire, le chercheur doit expliquer si la nécessité d’opérer à l’insu des participants, pour les besoins de la recherche, justifie une dérogation à l’obligation de solliciter le consentement préalable; quant aux CÉR, ils feront preuve de jugement au moment de tenir compte des exigences méthodologiques (voir l’article 3.7A). Les chercheurs et les CÉR doivent prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection de la vie privée des personnes, conformément à la loi, si le consentement n’est pas demandé. Dans ce cas, ils devraient sans doute réfléchir aussi à la mesure dans laquelle un est possible, réaliste et approprié (voir l’article 3.7B). Le chapitre 5 traite de plus en détail de la vie privée et la confidentialité.

Les chercheurs et les CÉR doivent être conscients du fait que, dans certaines provinces, certains territoires ou certains pays, la publication de renseignements permettant d’identifier une personne, par exemple, une photographie prise dans un lieu public montrant une personne qui ne s’attendait pas à être photographiée, pourrait être interprétée dans une poursuite au civil comme une intrusion dans la vie privée.

Vie privée et confidentialité lors de la diffusion des résultats de recherche

Article 10.4 Dans certains contextes de recherche, le chercheur planifie parfois de divulguer l’identité des participants. Dans ce type de projets, les chercheurs doivent discuter avec les participants éventuels s’ils désirent que leur identité soit révélée ou non dans des publications ou au moyen d’un autre mode de diffusion. Si les participants consentent à la divulgation de leur identité, le chercheur doit consigner le consentement de chaque participant.

Application Dans certains types de recherche qualitative, comme l’histoire orale, les études biographiques ou les études portant sur certaines personnalités, on reconnaît la contribution des participants en les identifiant personnellement dans les publications de recherche ou dans tout autre média employé pour diffuser les résultats de la recherche.Ainsi, dans le cas d’une étude comportant des entrevues avec des artistes visuels, consacrée à certains aspects de leur façon de travailler, il pourrait être approprié et respectueux d’identifier ces personnes. Si le fait de ne pas identifier les participants est considéré contraire à l’éthique parce que cela témoignerait d’un manque de respect, ou si des participants avertis expriment le souhait de voir leur nom mentionné, les chercheurs indiqueront alors le nom des intéressés en respectant les usages de leur discipline. Par exemple, les historiens du social cherchent à accumuler de la documentation sur la vie des personnes et à constituer des archives à leur sujet ou encore à souligner les contributions des personnes ordinaires à la vie politique et sociale. En histoire orale, l’anonymat fait figure d’exception. Néanmoins, au moment où ils s’entretiennent avec eux de la nature et des conditions de leur consentement, les chercheurs doivent offrir aux participants la possibilité de rester anonymes.

Dans certains types d’études critiques, l’anonymat permettrait à des personnes en situation de pouvoir de ne pas être tenues pour responsables de leurs actes ni des répercussions de ce pouvoir sur les autres personnes. Lorsqu’il s’agit de personnalités publiques, la protection passe par le débat et le discours publics, ou par une action en diffamation.

Dans la plupart des autres sciences sociales et dans certaines disciplines des humanités, ce sont avant tout les préjudices susceptibles de découler d’une violation de la confidentialité dont les CÉR et les chercheurs doivent se préoccuper. Ceci peut poser un défi particulier en recherche qualitative, en raison de la profondeur, du niveau de précision, de la nature délicate et du caractère unique de l’information recueillie.La ligne de conduite habituelle consiste à garantir la confidentialité des données de recherche. Dans certains cas, les participants souhaitent renoncer à leur anonymat (par exemple, ils demandent à être reconnus pour leurs contributions à la recherche). Les chercheurs peuvent accepter cette renonciation à l’anonymat si elle ne constitue pas une atteinte au bien-être des autres participants (voir l’alinéa 3.2 f) et l’application de l’article 5.1). Pour assurer la confidentialité des données relatives à d’autres participants, on peut, dans certains cas, maintenir l’anonymat des participants au moment de la publication ou de la diffusion des résultats.

Les CÉR doivent se demander si l’anonymat, la confidentialité ou l’identification doit prévaloir dans chaque contexte de recherche donné et reconnaître que des personnes pourraient souhaiter voir leur contribution reconnue en étant nommées.

Pour de plus amples renseignements, les chercheurs et les CÉR consulteront les chapitres 3 et 5 (voir également le chapitre 9).

La recherche qualitative impliquant un modèle de recherche émergente

Dans la recherche qualitative, le modèle de recherche émergente comprend la collecte et l’analyse de données qui peuvent évoluer pendant le déroulement du projet, en fonction des éléments révélés dans les premières étapes de l’étude. Les questions précises ou d’autres éléments nécessaires à la collecte des données risquent d’être difficiles à prévoir, à définir et à détailler dans le devis de recherche avant la mise en œuvre du projet.

Article 10.5 Les chercheurs qui dans leurs activités de recherche effectuent la collecte de données suivant un modèle de recherche émergente doivent fournir au CÉR tous les renseignements disponibles pour aider ce dernier à évaluer et à approuver la méthode générale de collecte de données.

Les chercheurs doivent consulter le CÉR si, pendant le déroulement du projet, des changements aux méthodes de collecte de données sont susceptibles de comporter des conséquences éthiques et des risques connexes qui pourraient se répercuter sur les participants.

Application Bien que les questions initiales liées à l’objet du projet de recherche puissent être définies préliminairement dans le devis de recherche formalisé, les CÉR doivent savoir qu’il est assez fréquent que certaines questions précises concernant l’objet de l’étude (ou des changements dans les sources de données ou la découverte de nouvelles sources), n’émergeront que pendant le déroulement du projet. En raison de la nature inductive de la recherche qualitative et de la nature « émergente » de ces modèles d’élaboration des activités de recherche, il est bien possible que certains éléments évoluent à mesure que le projet avance.

Les chercheurs qui adoptent ce modèle doivent donner au CÉR tous les renseignements dont ils disposent pour permettre à ce dernier d’adopter une approche proportionnelle de l’évaluation éthique du projet de recherche. Dans les cas où la version définitive d’un questionnaire ou d’un document d’entrevue n’était pas terminée au moment de l’évaluation éthique du projet de recherche, les chercheurs présenteront une version préliminaire des questions, les grands thèmes ou un aperçu de la façon dont se fera la collecte des données. La version définitive sera soumise dès qu’elle sera disponible. Les CÉR n’obligeront pas les chercheurs à leur fournir une version définitive du questionnaire avant la collecte des données. Ils veilleront plutôt à ce que la collecte des données soit menée conformément aux exigences méthodologiques et reconnaîtront que les questionnaires ou les guides d’entrevue pourront être modifiés en fonction des données émergentes ou des circonstances sur le terrain.

Lorsqu’il s’agit d’un modèle de recherche émergente, certaines modifications au plan de recherche ne sont pas suffisamment importantes par rapport au plan approuvé pour nécessiter une évaluation supplémentaire par le CÉR. Conformément à l’article 6.15, si les modifications aux procédures de collecte de données entraînent une modification du risque à l’égard du bien-être des participants, les chercheurs doivent obtenir l’approbation du CÉR avant de mettre en œuvre de telles modifications. Il est possible que le CÉR doive alors réévaluer et approuver le projet (voir le chapitre 2 et les articles 6.14 et 6.15).

Sources d’information
  • Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, Instituts de recherche en santé du Canada, Accès aux résultats de la recherche : principes directeurs : .
  • Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, Instituts de recherche en santé du Canada,  Politique inter-conseils sur l’intégrité dans la recherche et les travaux d’érudition : .
  • Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, Politique du CRSH sur l’archivage des données de recherche : .
  • Instituts de recherche en santé du Canada, Pratiques exemplaires des IRSC en matière de protection de la vie privée dans la recherche en santé (septembre 2005) :
    .
  • National Health and Medical Research Council (Australia), Australian Research Council and Australian Vice-Chancellors’ Committee, National Statement on Ethical Conduct in Human Research (2007) : .

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